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Archives, numérisation et recherche — Aperçu des initiatives et projets récents (Canada/Québec)

Convergence récente de différentes initiatives canadiennes et québécoises, en lien avec la numérisation du patrimoine culturel/scientifique et les archives. Il est intéressant de voir le visage que cet enjeu tend à offrir au grand public — ici très spécialisé, là généraliste (en ramenant l’argument du bien commun à l’avant-plan). Dans tous les scénarios, c’est à une réflexion et à une prise en charge réfléchie que nous sommes incités ; ça me semble là une voie efficace et pertinente.

Par le blogue du collègue Geoffrey Rockwell, je découvre du même coup plusieurs éléments intéressants :

  • la création d’un centre spécialisé en digital humanities à U. of Alberta, le CIRCA (Canadian Institute for Research in Computing and the Arts) ;
  • la tenue dans cette même institution d’un Digitization Day, qui se tiendra le 16 décembre prochain, ayant pour but de faire se rencontrer les acteurs des projets en numérisation sur le campus ;
  • plus encore, l’existence d’un service piloté par les bibliothèques de l’U. of Alberta nommé ERA — Education & Research Archive, dont la logique s’apparente beaucoup aux principes derrière le projet DÉCALCQ, mais fusionnant l’idée du dépôt institutionnel et celle des dépôts d’archives scientifiques (voir la liste des documents archivables).
  • (note : ERA fonctionne sur Springshare, que je ne connaissais pas encore)

Au Québec, outre la pseudo-polémique autour des archives que BAnQ se serait laissé voler (!?), signalons le mouvement de mobilisation autour de la numérisation du patrimoine :

  • favoriser la diffusion du patrimoine québécois numérisé auprès d’un large public;
  • mettre en place un réseau patrimonial numérique québécois regroupant des représentants des institutions muséales, des services d’archives et des bibliothèques;
  • mettre en œuvre un programme national de numérisation du patrimoine;
  • créer une infrastructure de diffusion qui permette un accès libre et gratuit aux collections patrimoniales des archives, des bibliothèques et des musées.

À titre de contribution individuelle, j’ai prononcé une conférence dans le cadre de la 38e journée d’échanges scientifiques de l’Association québécois pour l’étude de l’imprimé (AQÉI) ; elle portait sur «Archives documentaires scientifiques : diffusion des « sources » et valeur relative des documents » (retranscription à venir).

Enfin, dans une perspective beaucoup plus large, signalons la parution du white paper d’un groupe dirigé par Susan Brown portant sur les enjeux liés à la pérennisation des projets numériques (rapport commandé par le CRSH) : « Lasting Change : Sustaining Digital Scholarship and Culture in Canada ». Non seulement un bilan, mais surtout un document d’orientation, notamment pour les organismes subventionnaires et les politiques…

(photo : extrait, « Beeldje voor beeldje », Images for the Future, licence CC)

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Favoriser l’écriture collaborative et l’archivage de ses traces

Billet intéressant d’Ed Felten, qui porte un regard sur les humanités depuis son champ, qui est celui de l’informatique. Son propos porte sur la transposition des outils de versioning des logiciels informatiques au domaine des humanités, pour favoriser l’écriture collaborative de textes.

L’idée n’est pas nouvelle ; il s’en trouve déjà des manifestations — Google Wave, Etherpad son ancêtre, plusieurs éditeurs de documents en ligne comme Adobe Buzzword, ou encore SubEthaEdit. Ces logiciels permettent la mutualisation de l’écriture. Du côté de l’archivage, ce qui est décrit correspond à peu de choses près à l’historique des wikis.

Néanmoins, l’identification des fonctions précises mérite de s’y pencher un peu plus. Donc aux côtés des fonctions d’écriture collaborative et d’historique des modifications, il identifie plus précisément trois éléments importants :

  • l’écriture parallèle : les logiciels de versioning gèrent le partage du travail entre plusieurs collaborateurs et facilitent la fusion des parties rédigées/amendées/augmentées ; tout wiki permet de segmenter l’intervention sur une section donnée, mais l’assignation des mandats reste toujours un peu improvisée ;
  • le relevé des améliorations possibles et des commentaires (efficacement nommé en anglais issue tracking) : l’annotation en cours de travail (mention de petites interventions à faire, des problèmes à régler) et les commentaires laissés par des relecteurs sont pratiques communes pour toute personne utilisant les fonctions de révision ou de commentaire des traitements de texte ; toutefois, ces traces restent soit  trop intrusives, soit trop masquées, soit trop localisées (associées à un point d’ancrage précis) ;
  • la publication hâtive et répétée :eévidemment, le lectorat de textes conçus dans un milieu de recherche en sciences humaines n’est pas immense ; on ne peut guère espérer avoir autant de béta-testeurs que bien des logiciels… mais il demeure que l’épreuve de la lecture est un processus extrêmement riche, qu’il faudrait davantage favoriser ; en ce sens, la publication hâtive sur des carnets scientifiques, comme André Gunthert l’évoquait au moment du lancement officiel de la plateforme Culture visuelle, constitue un rouage précieux pour l’exercice de la recherche :

Culture Visuelle ne vise pas à reproduire le modèle canonique de la revue peer-reviewed, mais à cultiver la recherche en train de se faire. Grâce aux outils numériques, la plate-forme crée une nouvelle strate de visibilité du travail savant, renouant avec des modèles plus anciens, comme les célèbres Comptes rendus de l’Académie des sciences créés en 1835 par le génial Arago – lieu de présentation des travaux et des questionnements, de commentaires et de débats, à un rythme soutenu.

Des développements logiciels sont certainement nécessaires pour amener les logiciels comme git ou CVS vers les sciences humaines ; il m’apparaît toutefois que les transformations les plus profondes doivent être opérées du côté des usagers, des chercheurs donc, pour qui ces considérations méthodologiques (pas même techniques) sont encore bien étrangères.

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